Votre Histoire, j'en fais mon histoire.

Ah ! J’ai capturé, semble-t-il, votre complète attention. Je vois une lueur s’allumer dans vos prunelles. Est-ce de l’excitation, de la curiosité ? Un mélange des deux peut-être. Si le sujet vous intéresse, je peux vous en parler un peu plus. Nul doute que les dessous de l’Histoire avec un grand H sauront contenter votre goût humain prononcé pour les anecdotes que vous nommez plus vulgairement, à l’usage, « potins ». Entendons-nous bien, je ne cherche pas à me vanter, ce n’est pas mon genre. Mais j’ai fait de Monsieur De Gaulle un Général, rien que ça. Le phare français de la Résistance, brillant seul dans une mer noire de collaboration et d’occupation. Et ce n’était que le début de sa fulgurante ascension. Alors oui, je vous l’accorde. Le type avait ses défauts. Il était un peu mégalo et ne sortait de nulle part pour ainsi dire, mais hé, ça a marché ! Un colonel devenu finalement président de la France. Bon, on ne va pas se refaire son CV complet, on n’a pas le temps. Mais l’appel du 18 juin de Charles pour rejeter le traité signé par Pétain, et ce malgré son admiration sans borne pour le Maréchal, à votre avis, c’était une idée de qui ? Ah, vous donnez votre langue au chat ? Ce fut mon initiative, je pensais que vous l’auriez compris. Et l’unification de la France libre à la Résistance ? Toujours pas ? Un indice peut-être ? Encore votre dévoué Jonas. N’allez pas croire que de simples colonels promus généraux de brigade après s’être illustrés sur le champ de bataille se lèvent tous les matins en temps de guerre avec la lubie de prendre la tête, le haut commandement de leur armée et de leur nation pour les mener vers la victoire et la liberté. Si Charles de Gaulle a prouvé au monde qu’il en avait dans le pantalon, aucun de ses choix ou agissements n’a été aussi facile qu’ils n’en ont l’air une fois relatés en quelques lignes choisies dans les manuels scolaires d’histoire. Pourquoi Charles me direz-vous, d’ailleurs ? Pourquoi pas ! L’homme avait déjà connu la Grande Guerre, et été fait prisonnier par des ennemis revenant cette fois envahir son pays. Courageux, éduqué et amoureux de sa patrie, il avait semblé être un candidat idéal, et je pense encore aujourd’hui, avec du recul, ne pas m’être trompé. Bien sûr, je vous brosse là un tableau presque idyllique. En fait votre ancien président avait la tête si dure… têtu comme une mule. Pour l’amener à ses grands exploits, j’ai dû employer des moyens parfois détournés. Dont son épouse. Comme vous dites souvent, derrière chaque grand homme, il y a une femme. Et dans l’ombre immense de Monsieur De Gaulle – il atteignait presque les deux mètres ! – se tenait Yvonne. Cette femme-là et son opiniâtreté ont fait des miracles, là où je me heurtais sans cesse à un mur. Ouverte et maligne comme un singe, elle a non seulement été réceptive à mes signaux, mais elle a carrément dépassé mes attentes, à l’époque. Cela dit, s’il a fortement influencé le conflit, ce n’est pas notre Général le véritable homme-clé, le pivot qui a fait basculer cette guerre. Celui grâce à qui les Alliés ont remporté la victoire, non. C’est grâce à un espagnol que j’ai bien connu, du nom de Joan Pujol Garcia. Mais ça, je vous en parlerai une autre fois. Capucine Abadie, Editions Satinvaë, Octobre 2021

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