top of page

Une discussion " Me too" , quel vin boire

Résumons-nous !


Le monde chancelle. On se couche avec une femme faisant la vaisselle juste avant le replay du téléshopping et on se réveille avec une bimbo siliconée en mini-jupe écoutant France Culture. Franchement, aussi valeureuses soient-elles, valeurs et traditions se perdent dans les méandres et les décombres de la modernité. Denis, mon colocataire rhinocéros constate à regret que ces dames ont mille sources d’opinion. Entre deux coups de serpillère, leur conversation volubile fait défiler toute une galerie d’autorités inattendues : plombier, comptable, agent immobilier. Tous, elles les révèrent du plus profond de leur détergent comme des intellectuels raffinés.

Face à ces temps troublés, l’animal se fait du mauvais sang. Le porc n’étant pas en odeur de sainteté, il est de bon ton de le balancer. Le pangolin a d’ailleurs fait beaucoup parler de lui dernièrement ; et pas en bien. Denis pourrait être le prochain sur la liste. Qui sait, si dans une frénésie dénonciatrice, ces dames ne mettront pas prochainement le rhinocéros et ses méfaits sur leur liste de scalpes ?

Toutes les opinions sont portées sur le même plan. Tout est l’égal de tout. Il n’y a plus aucune hiérarchie des choses. Cela donne le tournis. Et Denis, le tournis ça lui donne mal à la tête. Du coup, il hésite. Un cachet de chloroquine ou l’apaisement salvateur d’une bonne bouteille ? Ne voyant dans ce monde qui se refait à neuf qu’un emblème à la frivolité décorative, Denis développe une considération cafardeuse sur la chose. Il lui faut donc un remontant. J’ouvre la cave.

L’alliance de la dentelle et du sécateur

Champagne Françoise Bedel, Cuvée « Origin’elle », Extra-Brut.






Le temps d’une bouteille, il est bon de s’éloigner des modes et du marketing sournois. Convoquons la sagesse de l’histoire et son cortège de traditions. Celle du Champagne évidemment, avec ces femmes qui ont depuis la fin du 19ème siècle porté haut les couleurs de leur maison. Cette région est marquée depuis le début de son essor de la finesse de la dentelle. Le sécateur ne s’en est jamais plaint. Cette historique alliance ronronne bigrement aux oreilles de certaines de nos féministes de circonstance. Car non contentes de dénoncer, de balancer, elles coupent ; et plutôt deux fois qu’une. On taille dans le lard et à grand coup de hache. Le saignant se vend. Il n’y a pas que le Champagne pour apaiser la soif ; que voulez-vous ?

L’approche de notre vigneronne du jour est marquée par une prise racinaire au plus profond de ses sols et de son terroir. C’est dès la fin des années 90 que le domaine s’est tourné vers la biodynamie. Très tôt donc, Françoise, confrontée à des soucis de santé de son fils, a pris conscience d’une nécessité d’un travail de la terre plus respectueux. Cela s’est fait progressivement. Comme une évidence. Le bon sens des choses n’est pas toujours à la mode.

Le domaine de 8,4 ha est situé à Crouttes Sur Marne. C’est l’extrême ouest de la vallée de la Marne. Nous sommes presque aux portes de Paris. Les vignes se répartissent sur quatre communes de part et d’autre de la rivière.

Dans le coin, côté encépagement, c’est encore du gros malabar qui domine. Le Pinot Meunier (78% de l’encépagement du domaine) prend ses aises. Il est comme dans son jardin le bougre. Il côtoie les traditionnels Pinot Noir (encore un petit gars). Le Chardonnay arrive en bon dernier.