Repassage du dimanche soir, quel vin boire ?

Mis à jour : 17 mai 2020

Résumons-nous !

La vie à deux, si elle peut parfois s’avérer chose plaisante, appelle néanmoins l’organisation. Pour ma part, je partage un 450 m2 terrasse panoramique, jacuzzi intégré avec Denis, mon colocataire Rhinocéros. Oui, l’animal aime avoir de l’espace pour vagir sereinement. On s’offusquerait à moins. J’ai personnellement toujours aimé côtoyer des esprits libres, iconoclastes et fuyant le vulgaire.

Pour autant, Denis n’est pas un colocataire facile. Il a son petit caractère l’animal. Du coup, le planning des tâches ménagères à se répartir est ostensiblement affiché sur la porte du garde-manger. Par précaution, j’appose également un post-it de rappel sur la gamelle du pachyderme. La plénitude du récit de notre quotidien est à ce prix. Il a ses rites et son rythme.

Prenez le repassage par exemple ; c’est le Dimanche soir que Denis a accès à l’outil pour agencer comme il se doit son slip Kangourou. Denis, c’est la coquetterie sur quatre pattes. Il ne saurait se montrer en public sans ses plus beaux atours. Mais il voue au fer à repasser une affection peureuse. L’animal a la main molle. L’utilisation venue, cet outil de torture lui tombe littéralement des doigts. Avec ce rhinocéros au repassage, on assiste à la débâcle du col de chemise amidonné. On tombe dans le saut périlleux du faux-pli. La chose est difficilement soutenable. En victime annoncée d’un Rowenta sournois, Denis sollicite l’apaisement d’une belle bouteille pour l’accompagner dans le combat qui l’attend. Mon coloc me regarde implorant.

Repassage du Dimanche soir, quel vin boire ?

L’affaire n’est pas facile. L’évidence se fait discrète. Dompter un fer à repasser n’est pas chose naturelle, j’en conviens mais avouons-le, le rhinocéros a l’esprit pratique et l’âme ménagère peu développés. Le mien ne fait pas exception. La science Darwinienne s’en émeut ; moi aussi. Etrangère est la corvée dominicale, étranger sera donc le vin. L’Autriche semble être un terroir de prédilection. On ne comprend jamais rien à toutes ces consonnes et ces voyelles qui s’agglutinent dans un ordonnancement disgracieux, au prétexte fallacieux de faire sens dans un mot. On frémit d’une telle bassesse.




Notre vin est issu de Basse Autriche, une des 4 régions viticoles du pays. Le repassage est une basse besogne. Nous voilà donc raccord question gravité. Plus spécifiquement, nous œuvrons pour la circonstance épistolaire dans la célèbre sous-région du « WACHAU » qui se trouve à 65 km à l’ouest de Vienne sur le long du Danube (rendu bleu ici par les reflets de l’âme de Denis qui en contient de nombreux). Le vignoble, dont la beauté subjugue, est marqué par ses nombreuses forêts et collines (450 m d’altitude). Les vins blancs sont à leur aise. Ils font la mondiale réputation des lieux.

La spécificité notable de cette cuvée est son cépage : le « Weissburgunder ». Les mecs se la pètent mais en fait c’est du Pinot Blanc. Sachez-le, la Wachau est beaucoup plus célèbre pour ses cépages blancs Riesling ou son Gruner-Veltliner. Alors pourquoi avoir choisi cette cuvée de Pinot Blanc me direz-vous ? Eh bien c’est pour surjouer le côté décalé. Denis sombre doucement. Il est temps d’ouvrir cette bouteille.

Franz PICHLER, Wachau, Gaisberg, Weissburgunder, 2012 - Smaragd

Le domaine a été fondé en 1982, un an après l’arrivée de Mitterrand au pouvoir. Qui y verrait un rapport quelconque ? Constitué de 8 ha, il s’exprime en petites terrasses assises sur des spécificités géologiques très différentes. Bref, c’est un beau bordel côté mode d’emploi pour s’y retrouver. Ce climat « Gaisberg » situé en altitude, désigne la partie ouest de la Montagne Kollmitz. Comme l’évidence le suggère dans une magnanimité peu coutumière, le nom indique qu’il devait y avoir un pâturage de chèvres à proximité. La chèvre paît quand le rhinocéros patauge ; la chose est bien connue.

Dès le premier regard notre vin annonce la couleur. Il va falloir compter sur lui et sur son fort caractère. Un or brillant, vif puissant nous fait de l’œil. Notre cuvée a la robe bien mise. Le drapé tombe juste. Rien n’est plus engageant qu’un extérieur bien apprêté. Il y a de quoi être séduit par la qualité de la griffe.

La magie des arômes s’échappant du verre commence à opérer. Des notes de litchi frais, de fruits blancs mûrs, de fleurs blanches, de safran, de miel se conjuguent à merveille pour nous offrir un nez puissant et intense. C’est mieux que l’odeur de l’adoucissant qu’utilise Denis pour sa lessive.

Porté aux lèvres, ce vin continue de nous séduire. On s’en passe la langue sur la bouche. Comme annoncé, notre pinot blanc a plaisir à manifester sa générosité et son amplitude. Ce style riche plante ses racines en profondeur pour assurer la stabilité de son assise. L’équilibre est permis grâce à une fraîcheur de bon aloi, sans tension ou excès inutiles. La finale se perd dans les méandres du Danube. Lascive, d’une pointe zestée, elle serpente pour nous raconter encore mille belles choses. De jolis amers de gastronomie servent de rivage à nos papilles vagabondes.

Denis se livre à l’allégresse que lui inspire le charme de cette cuvée. La corvée dominicale se laisse alors ramener à quelques plaisirs simples, à un ouvrage d’aspect paisible.

Et c’est ainsi que Bacchus est grand !


Médérick Trémaud, Mai 2020

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