Lettre 4: San Francisco, le 30 juin 2018

Chère Sophie,


Oscar Wilde a dit : "Les folies sont Ies seules choses qu'on ne regrette jamais."


J'ai toujours eu tendance à suivre cette ligne de conduite, qui m'a bien souvent aidée à faire des choix...

Je ne vous connais pas encore, mais je sais que vous avez fait le bon. Suivre son instinct est souvent la meilleure chose à faire ! La première fois que je l'ai fait était en 1969. J'allais avoir vingt ans...

À l'époque, je vivais avec ma famille dans le Nord de la France, près de Lille, où je suis née et ai grandi. Mes deux frères aînés y vivent toujours. Nous avons eu une enfance heureuse, notre père dirigeait une manufacture automobile qui lui prenait beaucoup de temps, mais notre mère s'occupait de nous. Ayant peu de différence d'âge, mes frères et moi étions très proches. J'étais la petite dernière comme on dit, et j'avoue en avoir bien profité !

Peut-être est-ce pour cela que j'ai développé un caractère assez fort...

Lorsque je n'étais pas fourrée avec mes frères, on me trouvait en général dans la bibliothèque. J'ai hérité de ma mère Ia passion des livres, et l'écriture était pour moi une évidence. Ma famille m'a toujours soutenue ; j'ai eu de la chance, ce n'est pas le cas de toutes les familles.


Déjà aujourd'hui, alors à l'époque...


Mais si mon père respectait mon choix professionnel, il n'en était pas de même de ma vie amoureuse. Il ne se contentait pas de faire fuir mes petits amis par tous les moyens typiquement paternels. Non, il avait décidé de me marier ! Un de ses amis banquiers avait un fils de deux ans mon aîné, qui devait hériter de la fortune familiale. Les deux hommes d'affaires trouvaient que nous unir était une bonne opération et avaient manœuvré dans ce but, avec une subtilité toute masculine...

Je n'avais rien contre mon "fiancé", qui était sympathique et plutôt séduisant, mais de Ià à l'épouser...

Je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour convaincre mon père : je tentai de le raisonner, le menaçai, ralliai le reste de la famille à ma cause, sans succès. Lui qui avait épousé ma mère par amour ne comprenait pas que je refuse ce mariage ! Lorsqu'ils en arrivèrent à fixer une date, je sus que je n'avais plus le choix : je devais partir.


Et dans les années 60, quelle meilleure destination que San Francisco pour se révolter contre un mariage arrangé ?


Je rassemblai le nécessaire pour voyager, et quittai le pays. Je n'avais pas voulu impliquer ma mère ou mes frères dans ma fuite pour ne pas les mettre en porte-à-faux vis-à-vis de mon père, mais j'avais tout de même un complice : mon fiancé ! S'il n'était pas aussi opposé que moi à ce mariage, j'avais toujours été honnête avec lui et il respectait mon opinion. II m'avait donc aidée à récupérer mes économies dans la banque de son père, à obtenir un visa pour les États-Unis... C'est aussi lui qui m'a accompagnée à l'aéroport et qui a expliqué mon geste à ma famille, en plus d'une lettre que je leur avait laissée.

Je n'ai jamais regretté ma décision, même si ça n'a pas toujours été facile... Surtout au début !


Voilà qui, je pense, répond à votre dernière question. La suite ? J'aurai d'autres occasions de vous l'écrire...


Qu'en est-il de la vôtre ?


À très bientôt,


Adèle.

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