Lettre 3: Paris, le 5 juin 2018

Chère Vous,

Quel plaisir de vous lire ! Et quel plaisir d’avoir quelque chose à vous raconter !


Tout est parti d’une question, la vôtre : « Comment peut-on aimer les gens et travailler avec des chiffres ? ».


Était-elle calculée ? Je l’ignore.


Toujours est-il que j’avais d’abord un tas d’arguments à vous soumettre : on peut aimer les lettres et les chiffres, le métier de comptable peut être passionnant (il paraît), il est stable… Et puis un matin, sur la route du cabinet justement, j’ai réalisé que ce n’est pas vous que j’essayais de convaincre, mais moi. Que la seule chose qui me plaît dans mon travail, c’est le trajet à vélo pour m’y rendre, le long de la Seine. Il m’a fallu deux ans pour m’en rendre compte… Pathétique.


J’étais perdue dans mes pensées, mais je continuais à pédaler, mécaniquement. Jusqu’à ce que j’arrive au pont de Grenelle, qui me permet de traverser la Seine pour rejoindre mon bureau du 16ème arrondissement. Là, impossible de tourner. Mais il fallait que je bouge. J’ai donc continué tout droit. Au carrefour suivant, même chose, j’ai continué tout droit. En fait, je me suis arrêtée quand je n’ai plus pu continuer tout droit. Connaissez-vous Paris ? J’étais arrivée au Parc André Citroën. J’avais besoin de réfléchir, alors j’ai attaché mon vélo et j’y suis entrée.


Au début, j’avais des scrupules. Tout plaquer comme ça, du jour au lendemain… Mais rien qu’à l’idée d’y retourner, j’avais mal au ventre. Et puis les heures ont passé, et personne ne s’inquiétait de moi. Dans l’après-midi (oui, j’étais toujours au parc), j’ai reçu un mail de la DRH. J’étais « priée d’envoyer un certificat médical justifiant mon absence ». C’est tout ? Je l’ai appelée tout de suite, pour la rassurer sur mon état de santé… Quand je lui ai dit que je ne reviendrais pas, ça ne lui a fait ni chaud ni froid. J’aurais peut-être dû lui faire croire que j’allais sauter d’un pont !


Ainsi finirent mes aventures comptables… C’était le 28 Mai, une semaine après avoir reçu votre lettre. En quittant le parc, je suis allée au café de mon meilleur ami, Guillaume. Quand je lui ai raconté ce que j’avais fait, il m’a félicitée ! Aussi dingues l’un que l’autre… Du côté de mes collègues et de mon patron, aucune réaction, pas un message, rien. C’est un peu dur à avaler, mais pour tourner la page, c’est radical !


Et vous alors ? Votre départ de la France pour les Etats-Unis à 18 ans, coup de tête ou préméditation ?

A bientôt, j’espère,

Sophie.

P.S. : N’allez surtout pas culpabiliser de ce que votre lettre a provoqué : non seulement j’en suis heureuse, mais en plus j’aurais craqué tôt ou tard…

Sincèrement,

Sophie.

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