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La petite fille et le bonhomme arc-en-ciel

Dernière mise à jour : 22 avr. 2020

Il était une fois une petite fille qui courait sur un fil de soie. Un fil de soie mince, néanmoins solide, et si brillant qu’elle pouvait même courir la nuit dans l’obscurité. Tout autour, la nature semblait s’être effacée. Un épais brouillard l’entourait…

Elle courait pour attraper une petite lumière blanche, dansante, vive, et douce comme la caresse du soleil levant. Elle courait, courait sans jamais pouvoir l’attraper, ou ne serait- ce que la toucher, la frôler, l’effleurer… Elle semblait tellement inaccessible, comme si chaque pas l’éloignait un peu plus de cette étoile qui rayonnait.

Parfois découragée, elle ralentissait sa course. Mais une petite voix, à l’intérieur d’elle, résonnait et lui disait « Persévère ! Tu trouveras bientôt le bonheur de la prendre dans tes mains et de la porter à ton cœur ! ». Alors, elle reprenait son élan, sautait les obstacles, de méchants nœuds disséminés par- ci par- là, plus ou moins gros, menaçants et changeant de forme pour la faire trébucher ! Et ainsi, à l’aube de son insouciance et de son ignorance, elle franchissait les difficultés, sans se rendre compte que chacun de ses sauts, un peu plus chaque jour, l’affaiblissait...

Elle endurait, et s’adaptait à tous les éléments de la nature qui pouvaient, selon la saison, se déchainer. Elle serrait les dents, retenant sa peine, et pour faire bonne figure devant les créatures qui pouvaient croiser son chemin, elle gardait toujours le sourire…

Car elle en croisait du monde, jamais avare de conseils, de « Il faut que… », « Tu devrais… », « Si j’étais toi, je … » ! Des personnages, quelques fois un peu étranges, qui semblaient être sur ce chemin depuis plus longtemps qu’elle. Elle en connaissait beaucoup. Elle les avait déjà rencontrés. Leur faisant confiance, elle les avait déjà écoutés, ils avaient l’air si gentils ! Ils semblaient tellement sûrs d’eux- mêmes, tellement plus intelligents qu’elle, qu’ils devaient bien avoir raison ! Alors elle courait, courait, anticipant chaque bond…

Ces entrelacs de fil de soie n’auraient pas raison de sa détermination !

Mais fatiguée, elle peinait de plus en plus… Sa joie la quittait, et plus sa joie s’éloignait, plus la lumière se rapetissait, jusqu’à devenir une toute petite flamme, terne et vacillante comme une étoile filante. Le fil de soie, lui aussi, perdait de son éclat, de sa couleur, de sa vigueur. Comme si l’un ne pouvait vivre sans l’autre, comme un papillon auquel on aurait coupé les ailes…

Et soudain, un nœud beaucoup plus gros que les autres se dressa devant elle !

Son pied gauche lui fit défaut et se déroba ; Elle ne put, cette fois, éviter la chute et tomba.

Allongée par terre, les genoux écorchés, elle ressentait les battements de son cœur. Au rythme des percussions d’un tamtam, ils dansaient jusque dans sa tête. Épuisée, elle s’endormit sur cette dernière pensée :

« Je n’y arriverai jamais… ».

* * *

Deux paumes douces et enveloppantes lui prirent sa main fine et abandonnée. En confiance, elle sentit en elle une onde de chaleur rassurante. Un vieil homme se tenait près d’elle, assis, le regard bienveillant. Il portait un drôle de chapeau violet qui lui donnait un air un peu désuet. C’était un bonhomme rigolo, vêtu d’un arc- en- ciel ! Il affichait un pantalon rouge, duquel dépassait un caleçon orange avec des pois jaunes !

Comment un homme tout ridé pouvait-il être aussi décalé ?

Sa chemise était verte, et il devait avoir mal à la gorge car un foulard bleu lui enserrait le cou. De quelle planète venait-il de tomber ? Ses yeux étaient le plus troublant des éléments. Ils étaient bleus. D’un bleu profond qui semblait voir sans voir…

- Sais-tu pourquoi je suis là ? lui demanda- t- il.

- Non ! répondit-elle.

- Après quoi cours- tu comme cela ? l’interrogea- t- il, ta