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Du grabuge chez les voisins, quel vin boire ?

Du grabuge chez les voisins, quel vin boire ?

Résumons-nous !


Seul, froid, sans relief, le confinement est. Il marque l’homme. Le « rien » remplit nos mornes et lascives journées. Le « rien » devient « tout ». C’est troublant avouez. Les repères les plus élémentaires de la vie s’étiolent. Le déjeuner ne se fait plus en cravate veston et mocassin à glands mais en pyjama et chausson. L’horloge biologique se détraque. On ne sait plus quand culbuter sous peur de déranger. Le temps se poursuit, il dure. Il s’étire de tout son long. Souvent accompagné de son compagnon de voyage, l’ennui, il prospère. Chacun cherche alors à réinventer la fantaisie de l’instant. Les « bang-bang », les « bam » qui s’extirpent de l’appartement d’à côté, font office de métronome pour une civilisation en survie. Il reste néanmoins quelques repères élémentaires, c’est heureux. Tant que l’apéro ne nous fait pas défaut, c’est déjà ça. Il ne faudrait surtout pas que ma cave se mette en grève. « Quand l’apéro va, tout va ! » aime à dire mon voisin de palier.

Denis, mon colocataire rhinocéros ne sait plus où donner du museau et de la corne.


Dieu que cet animal est bête !


Ce jour, il semble particulièrement désœuvré. L’atelier couture et pâte à modeler ne fait rien à l’affaire. Heureusement, vient l’heure tant attendue de l’apéro. Notre propos discourt gaiement sur la bouteille idoine à ouvrir. Mais les bruits et les hurlements qui émanent de l’appartement d’à côté nous font nous interrompre. Le gamin du voisin n’arrête pas de crier ou de pleurer. A croire qu’on le bat. Vu le boucan qu’il fait, il méritait. Le manque d’éducation n’a plus de limites de nos jours ; même chez les gens de la bonne société. Denis à soudainement l’œil soucieux. Il semble vouloir s’enquérir de la chose. Impassible, je rétorque que l’on ne va tout de même pas se laisser priver de notre apéro à cause d’un morveux. Denis me toise. Il semble fort contrit. « Et si le voisin frappait son gamin ? » me dit-il au sortir d’un rictus inquiet. Je souris. Franchement, une telle chose n’est pas possible. Le gamin est élevé au sein d’une famille bourgeoise. Leur appartement, plus grand que le nôtre, a un balcon panoramique. De plus, ce n’est même pas une famille issue de l’immigration ou à consonance étrangère. « Tu es un gros con stupide et raciste » me lance Denis, dans le secret espoir de me ramener à la raison. Je campe sur mes positions. Mon argumentation me semble solide. Pourquoi ce gamin serait-il frappé par son père autrement que pour des raisons bien légitimes ? J’objecte le bon goût du père, sa politesse exquise quand nous nous croisons.


Rien n’y fait.


Denis reste sourd à mon propos. Il demeure persuadé que le gamin prend régulièrement une trempe.

En guise d’apaisement, je propose de faire un geste vers mon colocataire. Notre apéro sera dédicacé au gamin. Néanmoins, Denis, profondément inquiet, souhaite s’assurer directement de la chose et téléphoner à la police. Pour ma part, je me refuse à toute stupide, futile et inutile délation. Ma famille a trop souffert de jalouses accusations durant la guerre. Le soupçon et l’ostracisme me sont depuis insupportables. A la libération, des esprits mesquins et de courte vue s’étaient alors interrogés sur cette soudaine fortune accumulée durant la période occupante. Confiné, mon voisin frappe peut-être son gamin. Mais cela n’est pas mon problème ; je me demande quel vin boire.




Ni le doute, ni l’angoisse, pas plus que la culpabilité du silence ne m’atteignent. Le réconfort annoncé par cette cuvée confidentielle de la Maison Bollinger, AOC Coteaux Champenois « La Côte aux Enfants » 2013 me met en joie. Elle fait taire en moi tout autre sentimen