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Connaissance botanique

Quand on voit un escargot de deux tonnes traverser la rue on se dit : soit je suis fou, soit je dors encore, réveillez-moi...

Cette phrase ne vous dit rien ? Laissez-moi, alors, vous conter mon histoire.


Je m'appelle Johnny Wilson et, à l’époque, j'habitais Londres et avais 22 ans.

J'ai abandonné les études rapidement, je trouvais ça ennuyeux et inutile. Résultat, je me suis retrouvé à travailler dans un fast-food pour presque rien et vivre dans une vieille bicoque délavée.

De toute manière, il n'y avait pas grand monde pour s'en plaindre, je n'avais presque pas de famille. Chaque mois, je mettais une part de ma paye de côté et tous les trois mois, je faisais une grande beuverie avec les copains. Tout allait bien, j'avais ma vie et elle me plaisait.

Mais, un jour, je fis la rencontre de Roseline, une jeune femme de classe moyenne qui tomba amoureuse de moi. Elle devint une lueur éclatante dans les ténèbres de ma vie.

Bien sûr ses parents s'opposèrent à notre amour, mais cédèrent devant l'insistance de leur fille.


Notre existence était un bonheur, avec une vraie maison, un vrai travail. J’avais une femme qui m'aimait et prenait soin de moi. Tout était trop beau. Car désormais ma liberté avait disparu : plus de grosse soirée, de sortie avec mes potes. Plus de gueule de bois.


Un jour, un événement me décida à quitter Rosaline. Ce matin-là, elle m'annonça que nous allions prendre des vacances, mes premières depuis mes huit ans. J'étais aussi excité que si j’avais encore été cet enfant ! Je fus immédiatement refroidi quand elle déclara que l'on allait chez ses grands-parents. Je me voyais déjà, sur le pas de la porte d'un chalet en montagne avec face à moi deux limaces fripées de quatre-vingt-dix ans, incapables de se tenir debout.

J'allais vivre deux semaines d'enfer.


A mon arrivée, je me dis que j’eusse fait un excellent devin : ses deux grands-parents étaient conformes à l'idée que je m'étais faite d'eux. Je me mis alors à essayer de prévoir le déroulement de ces deux semaines. Je m'imaginais Mémé qui apprenait le tricot à Roseline et qui faisait son ragoût avec « sa » recette, tous les jours, car elle avait oublié qu'elle en avait déjà fait hier. Et Pépé qui tous les jours, me lancerait :


– Allez mon petit, aujourd'hui je t’apprends la chasse à courre... Aïe mes reins ! Euh… Allez viens, allons plutôt faire une partie de belote !


Encore gagné ! A mon grand regret, mes divinations étaient justes à un détail près : on fêtait également l'anniversaire de Pépé. Quel âge aujourd'hui ? Quatre-vingt-treize ans, et toujours personne pour hâter l'acquisition de l'héritage !?

Le dernier jour, alors que je saturais, j'annonçai que je sortais cueillir des champignons pour le repas de midi. Bien sûr, c'était faux ! Mais je savais que les vieux allaient oublier.

Je sortis, pris une cigarette, l'allumai et me mis à réfléchir en me promenant un peu. Finalement, ma nouvelle vie ne me plaisait pas tant que ça. Ma liberté était bridée. Je décidai donc de quitter Rosaline dès que nous retournerions à Londres. Je finis ma cigarette et, voyant des champignons, je les ramassai, me disant que cela pourrait toujours servir.

Le lendemain, nous prîmes le train pour rentrer chez nous et, sur le pas de la porte, je lui déclarai que je partais, que je n'étais pas assez heureux, pas assez libre. Elle fondit en larmes.


Je la pris dans mes bras lui susurrant des mots réconfortants à l'oreille pendant quelques minutes puis je pris mes affaires et partis. Étrangement, j'avais le cœur plus lourd que je l’avais prévu et le regard tremblant et humide. Je me mis en route pour rejoindre la vieille cabane qui me servait autrefois d'habitation. J’avais assez d'argent pour vivre là-bas jusqu'à ce que je trouve un nouveau boulot.


En chemin, je fis de nombreux détours pour penser à autre chose que mon malheur. Je passai devant un cinéma où était projeté sur un grand écran le nom du film qui passait dans la salle principale :