Épilation intégrale, quel vin boire ?

Mis à jour : 4 juil. 2020

Épilation intégrale, quel vin boire ?

Résumons nous,


Il n’est jamais trop tard pour bien faire, énonce le dicton. Denis, mon colocataire rhinocéros préfère déclamer qu’il est toujours trop tôt pour merder. Ce cher Denis a son petit côté philosophe de temps à autre. Au sortir d’une digestion lascive, il aime à pérorer sur le monde et faire preuve de ce qu’il pense être des fulgurances intellectuelles. La toute-puissance du règne animal, c’est quelque chose tout de même ! Mais le pachyderme n’est pas toujours aussi sage. Plus que de raison, Il a l’esprit ronchon. Chez cet animal, la contrariété compulsive et impulsive se fait bien souvent sœur jumelle de la mauvaise humeur.

Hier, je pensais une bonne nouvelle arrivée pour lui. Pour le remercier de sa fidélité, sa boucherie favorite « L’Os à Ronger », lui proposa de participer à un jeu concours. Des prix de tous ordres étaient à gagner. Des lots tous plus extraordinaires les uns que les autres. La chose était en tout cas présentée comme telle sur le prospectus d’information qui ornait la caisse enregistreuse du comptoir. Le commerçant carné s’en faisait grande fierté. Se laissant convaincre, d’une moue dubitative et suspicieuse, Denis finit par donner son accord. Finalement, il ne gagna pas le 1er lot, son poids en côte de bœuf. L’immense déception se percevait sur la corne de l’animal. Denis fit preuve d’une belle performance tout de même en gagnant le second lot : une épilation intégrale gratuite chez « Toufdeouf ». Il s’agit d’un salon d’esthéticienne, massage, bien-être, herboristerie bio nature, tatouage-piercing qui jouxte la boucherie. Parmi les quidams du quartier, il se dit que la femme du boucher est en reconversion professionnelle.

Du coup, Denis rentra vexé et de mauvais poil à notre appartement. L’animal restait là, et las, avachi sur sa méridienne favorite. Je tentais par tous les subterfuges de lui faire voir l’aspect positif de la chose. Une épilation en tout début d’été, c’est le succès assuré sur les plages de Normandie. Je lui rappelai qu’il se disait de belles choses à propos de l’établissement. Au marché dominical, les locaux ne tarissent pas d’éloges sur le savoir-faire et l’accueil des dames qui œuvrent à « toufdeouf ». Assurément, Denis allait être entre de bonnes mains et pouvait aller se faire épiler en toute confiance. En outre, je confessais à mon coloc une impression de laisser-aller chez lui ces derniers temps. Une bonne reprise en main ne pouvait lui faire que du bien.

Quand enfin, j’évoquais la plastique des esthéticiennes exigée pour le recrutement, Denis sembla esquisser un sourire. Une brèche se faisait dans la carapace de l’animal qui entendait jusque là jouer les autistes de circonstance. Je décidais donc de pousser plus avant mon avantage. Je convoquais tous les clichés les plus classiques, grossiers et misogynes possibles sur les esthéticiennes et leurs doigts de fée. Honteux, j’en avais le rouge au front. Goguenard, Denis en avait le rosé aux joues. Ah le bel avenir de la finition main… En guise d’happy end, je portais le coup de grâce à l’animal en décidant de lui sortir une jolie quille. Epilation du maillot, mais quel vin boire ?

Premier vol, baptême du feu

Direction la Savoie avec cette, cuvée « Premier Vol, Mondeuse, 2017 » du domaine Antoine Petitprez. Pour Denis, cette épilation est aussi une première fois, un baptême du feu. La fraîcheur des lieux devrait tempérer les sensations de chaleur et de brûlure que l’animal risque d’endurer après l’événement.






La Savoie est vignoble de moults cépages locaux ; une vingtaine peut être. Ça pousse de tout côté et il n’est pas toujours simple pour le dégustateur de s’y retrouver aisément. La vérité d’un lieu n’est pas celle de celui d’à côté. Coins et recoins tapissés de vignes se révèlent au fur et à mesure de nos pérégrinations. Les poils aussi ça pousse de partout si on n’y prend garde. La Mondeuse Noire est un cépage traditionnel de notre destination du jour. On trouve également le Pinot Noir, le Gamay, le Persan, les deux Cabernet (Franc et Sauvignon) pour ne citer là que les principaux cépages noirs. Les dénominations géographiques, les lieux-dits, s’enchaînent et se succèdent. Les styles de vin aussi : Rouge, Blanc, Rosé, pétillant…. Un véritable capharnaüm qui n’est pas toujours simple à débroussailler.

Arrêtons-nous quelque peu sur le cépage de cette cuvée. Celui-ci peut être vinifié seul ou en assemblage avec d’autres petits camarades. En France, il n’en reste à ce jour que 300 ha environ (ce qui est peu) ; principalement concentrés dans le Bugey et la Savoie. La Mondeuse Noire fait partie des cépages dits vigoureux. Cela signifie que notre dame est très généreuse en termes de volume de raisins qu’elle fournit. Le ratio quantité / qualité est toujours une question épidermique pour le vigneron. Il faut donc ne pas hésiter à tailler cette vigne pour en réguler la vigueur naturelle. Les poils de Denis nécessitent la même approche et finalement la même attention.

Antoine Petitprez a parcouru pas mal de vignobles dans sa carrière : la Bourgogne, où il fit ses études d’œnologie, le Roussillon, la Californie, le Canada. Aujourd’hui, il partage son temps entre la Bourgogne du côté de Pommard (où il vinifie quelques vins) et la Savoie proche de Chambéry où il possède quelques vignes. Notre cuvée en témoigne.

Du plaisir sous l’étiquette

L’habit fait le moine et la blouse fait l’esthéticienne. Quoi qu’il en soit, pour ce premier vol, nous voilà tout de pourpre vêtu. Un vin opaque d’un abord légèrement intimidant. L’épilation, cela pique un peu. Notre cuvée se présente avec de solides notes poivrées, épicées. S’y associent des parfums de cerise noire, de violette, de figue, de prune. Une pointe d’écorce d’orange semble se faire jour et pointer le bout de son nez comme des tétons peuvent pointer sous une blouse trop serrée. Cela donne un ensemble expressif de belle intensité et superbement agréable. Nos esthéticiennes savent mettre en confiance.

Des tanins mûrs en nombre mais domptés proposent un ensemble fin, tout en volume, souplesse et légèreté. La fraîcheur est bien là, magnanime, réconfortante, apportant un bel équilibre d’ensemble. Notre vin, est droit, fluide, digeste, il dévale la pente de son contrefort montagnard avec grâce et détermination. La finale est marquée par des tanins un peu plus pressants, un peu plus croquants. On reste néanmoins séduit par la fraîcheur, l’équilibre, la salinité, les épices. On salive de désir, on y revient par plaisir.


Ce vin s’exprime avec simplicité, personnalité et esthétique. Un vin gourmand, accessible que l’on aime à laisser s’exprimer dans les verres. La bouteille s’est vidée aussi rapidement que l’on retire une bande de cire d’épilation. La Savoie témoigne au travers de cette cuvée de la richesse de son patrimoine viti-vinicole. C’est une terre qui n’est pas toujours aussi familière que d’autres. Quel dommage. Des trésors ne demandent qu’à se révéler au dégustateur curieux.

Et c’est ainsi que Bacchus est grand !

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